Shopping à Katmandou : 3 adresses pour donner du sens à vos achats

Au Népal, tous les êtres humains ne naissent pas libres et égaux en dignité et en droits. Les petites filles et les femmes sont les premières à souffrir de terribles discriminations et violences. Des associations et entreprises sociales agissent pour les aider à s’émanciper. Nous aussi, en tant que consom’actrices, nous pouvons contribuer à la réussite de leurs projets. En route pour 3 adresses aux coeurs qui battent et dont l’histoire est aussi inspirante que l’action est utile.

#1 Mahaghuti, le temple du commerce équitable

Installé sur 3 niveaux, on trouve de tout chez Mahaghuti. Après avoir poussé la porte, on ne sait plus où donner de la tête. Pour le Népal, c’est grand, très grand ! A gauche, des sculptures en métal étincelantes de Bouddha et autres divinités. Après les gros colliers en pierres colorés, la vaisselle moderne et sobre qu’on verrait bien à la maison. A droite de l’entrée, les écharpes… elles sont délicatement rangées en dégradés de couleur, à faire succomber les maniaques. Composées de pashmina, soie, coton ou bambou, leur touché est d’une tendre douceur, impossible de ne pas résister ! Ca continue sur deux étages supérieurs. A en devenir folle ! Du papier artisanal fait à la main au café bio des montagnes himalayennes, de l’encens naturel à la fabrication secrète aux peintures ethniques ou bouddhistes, Mahaghuti c’est un grand moment de bonheur. Le lieu idéal pour les cadeaux souvenirs typiques du Népal.

Il faut dire que l’organisation a de l’expérience, leur production artisanale s’est développée au fil de décennies. C’est la plus vieille association d’œuvres sociales au Népal. Son fondateur, Tulsi Mehar Shrestha, né en 1896, commence très tôt à venir en aide aux femmes les plus démunies. Pour ses actions et pour s’être exprimé contre le système inégalitaires des castes, il est accusé de crime contre la nation. Emprisonnement à vie ou exil sont ses deux options. Il décide de partir en Inde et devient l’un des disciples du célèbre Mahatma Ghandi. Grâce à ce dernier, qui écrit une lettre au premier ministre népalais de l’époque, Tulsi Mehar Shrestha revient en 1923 au Népal. Fidèle à ses engagements, il créé un centre d’accueil pour les femmes veuves ou sans ressources ainsi que les premiers ateliers de tissage et filage du Népal. Au départ, les produits, achetés à un prix juste à des productrices de milieux ruraux, sont vendus dans un petit point de vente dans le bazar de l’ancienne ville royale Patan.

C’est en 1984, après la mort du fondateur, que la première boutique ouvre ses portes à Katmandou, elle est alors baptisée, « Mahaghuti, craft with a conscience ». Aujourd’hui la vente des produits finance les centres d’accueil et soutient l’artisanat des zones rurales.

Infos pratiques :
Mahaghuti, Lazimpat road, Katmandou (pas très loin de l’ambassade de France).
Ouvert tous les jours de 10h à 18h30.

#2 Jeevankala. l’humilité au coeur de la récup’

En Nepali, « Jeevan » signifie la vie et « kala« , l’art – « L’art pour la vie« . Ici, des artisanes apprennent ou transmettent des techniques ancestrales au moyen de matières recyclées. Favoriser l’autonomie des femmes tout en agissant pour la protection de l’environnement, c’est la mission que s’est donnée Jeevankala.

La petite boutique se trouve dans le centre de Thamel, le quartier touristique de Katmandou. Une dame est assise au fond de la boutique. Sous son air très sérieux, elle prend son rôle très à coeur. Elle ne vous poussera pas à l’achat, à l’inverse des magasins de souvenirs tout autour, et sera d’un grand professionnalisme pour répondre à toutes vos questions.

La particularité de Jeevankala est de redonner une seconde vie à trois matières : le plastique, le sac de riz ou le pneu.

Le plastique, récupéré des emballages de nouilles et de petits gâteaux, est tissé avec un rendu multicolore et scintillant. On trouve des décorations de Noël, des paniers, du vide poches à la boîte de rangement, ronds ou carrés, avec ou sans couvercles. Chaque objet est conçu dans une couleur dominante, orange, jaune-doré, turquoise, rose fuchsia et argent.

Les sacs de riz, quant à eux, sont transformés en porte-monnaie, trousses de toilette ou d’écolier et sacs de toute taille. Tous les modèles sont uniques et mettent en valeur les impressions originales des sacs de riz : inscription en alphabet Devanagari, femme en sari portant un plat de riz, portrait du dieu hindou Shiva…

Enfin, la troisième matière, atypique, est mise en avant par un argument de vente inhabituel : « il vaut mieux s’enflammer pour un pneu érigé en objet de mode plutôt que le brûler dans la rue par protestation. » La matière a été transformée en porte-monnaie, sacoches et sacs à main. La texture est mate et résistante, la couleur est noire parfois renforcée d’un morceau de tissu coloré. Trois matières pour des souvenirs sans pareil du Népal.

La vente des produits Jeevankala profite directement à 300 familles et permet le financement de projets sociaux et éducatifs dans des villages reculés du Népal. Jeevankala est une branche de l’ONG Himalayan Healthcare dont le directeur Sharad Anil Parajuli a reçu plusieurs disctinctions depuis 15 ans pour ses actions innovantes capables d’initier de profonds changements positifs Il est notamment soutenu par l’association internationale Ashoka (« la véritable absence de tristesse » en sanskrit) qui identifie et promeut depuis 40 ans les acteurs sociaux innovants.

Infos pratiques :
Jeevankala, Mandala marg, Thamel, Katmandou.

#3 Hamri Bahini, un tote bag lourd de sens

Soutenir les femmes à l’aide d’un objet unique écologique, c’est la mission de l’entreprise sociale Hamri Bahini – the Green Angels, créée par et pour les femmes. Pas de grande boutique, pas de choix multiples, ici le cabas est roi. Il est décliné dans des tons plutôt naturels, blanc, vert-gris, beige-marron, bleu-gris. Plusieurs modèles sont disponibles, du cabas classique à celui avec fond renforcé, pratique pour y mettre encore plus de courses ou caler son ordinateur. Pour Hamri Bahini (= « nos petites sœurs » en nepali), le tote bag n’est pas seulement un objet utile ou un accessoire de mode, il a été conçu comme un support militant, simple et puissant. « C’est l’incarnation d’une femme qui s’est battue pour améliorer sa condition et qui regarde l’avenir avec ambition et optimisme. »

A l’origine du projet, Shilshila Acharya, une népalaise originaire d’une petite ville de la région des Annapurnas. A la fin du lycée, elle obtient une bourse pour continuer ses études en sciences environnementales en Norvège. Lors d’un séjour à Amsterdam, elle fait la rencontre d’une vieille dame qui lui dit : « Tu as une vie comblée Shilshila. Il est temps maintenant de partager ce bonheur avec d’autres filles qui n’ont pas eu la même chance que toi. » Cette phrase reste gravée dans sa mémoire et change le cours de sa vie. A la fin de ses études, elle rentre au Népal et s’engage dans le milieu associatif. Militante féministe contre l’injustice sociale, elle cherche une idée innovante qui offrirait une solution durable au trafic des femmes et, par la même occasion, à un problème environnemental. En 2013, Hamri Bahini – The green angels est née, et elle en prend la tête.

L’entreprise sociale décide de mener une croisade contre l’utilisation des sacs en plastique. Un partenariat est signé avec Bath Bhateni, une chaîne de supermarché de la vallée de katmandou. Une grande campagne de sensibilisation est lancée au sein de l’enseigne. Hamri Bahini propose aux clients de troquer les sacs en plastique contre un tote bag en tissu, fabriqué par des femmes sauvées de la traite. Les trois premiers mois sont un réel succès mais l’émulation retombe aussi vite. L’organisation comprend qu’il faut frapper plus haut, elle fait entendre sa voix auprès du gouvernement : en 2015 le plastique est interdit sur Katmandou.

La lutte est encore longue mais Shilshila a profité de ces 5 années pour développer ses activités d’insertion professionnelle en faveur des femmes victimes de trafic et potentiellement à risque. Grâce à leur détermination, les green angels ont créé plus de 1000 emplois et ont reçu des distinctions d’ONG internationales pour leurs actions positives. De quoi changer sa façon de porter le tote bag.

Infos pratiques :
Hamri Bahini, au sein de Himalayan Climate Initiative, Rudreshwor Chowk, Budhanilkantha, Katmandou.
Ouvert de 9h00 à 17h00. Fermé le samedi.

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