On les appelle les grands-mères. Sur les pas des « femmes de réconfort » en Corée du Sud

Elle attend. Assise sur sa chaise, la jeune fille attend. Cela fait maintenant plus de 70 ans. Elle est une halmoni, une grand-mère maintenant. Elle attend la reconnaissance par le Japon de sa responsabilité dans l’esclavage sexuel qu’elle et des centaines de milliers d’autres femmes ont subi, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Chaque jour pendant la Seconde Guerre mondiale, ces jeunes femmes étaient violées par des dizaines de soldats japonais dans ce qui était appelé des « confort stations », des maisons closes. Les Japonais les appelaient femmes de réconfort, un terme qui masque le crime de guerre, la torture, le crime contre l’humanité. En Corée du Sud, on préfère les appeler les halmonis, les grand-mères.

En Corée du Sud, dont sont originaires la majorité des halmonis, plusieurs lieux rappellent cette histoire et la font connaître au plus grand nombre.

 

#1 Connaître les faits, au musée de la guerre et des droits des femmes de Séoul

Le musée de la guerre et des droits de la femme est un espace dédié au souvenir de l’histoire des “femmes de réconfort” et entend s’attaquer à la question de l’esclavage sexuel militaire japonais en Corée, mais aussi dans toutes les régions occupées par l’armée japonaise (Taïwan, Chine, Philippines, Indonésie, Birmanie,Timor oriental…). Objets, témoignages, données chiffrées mais aussi récit de la mobilisation pour leur reconnaissance et mémorial, c’est un lieu complet pour découvrir et s’approprier le sujet. C’est aussi un musée actif qui tente, en collaborant avec d’autres organisations, de faire du monde un espace sans guerre ni violence contre les femmes. Les visiteur.se.s quant à elles et eux, sont invité.e.s à ne pas oublier et à transmettre cette histoire ; comme en manifestations, des papillons (symbole des victimes de l’esclavage sexuel par l’armée japonaise) sont à disposition pour noter des mots d’encouragement et revendications.

 

 

#2 Écouter leur histoire, à la House of sharing, au Sud de Séoul

A environ une heure de route au sud de Séoul se trouve la House of sharing, une maison de repos créée pour des halmonis par certains de leurs soutiens. Le lieu est devenu un musée quelques années plus tard. Cela vaut vraiment la peine de faire le chemin, surtout si vous pouvez vous joindre à la visite guidée organisée une fois par mois en anglais. Sur le plan pratique, participer à cette visite vous permet d’être véhiculé depuis le métro, ce qui n’est pas négligeable car il y a une bonne demi heure de route. Mais surtout, la visite guidée, qui dure plusieurs heures, est entrecoupée de deux vidéos qui aident à comprendre comment s’est initiée la lutte dans les années 1980. Et si cela est possible, une rencontre est organisée avec quelques unes des halmonis vivant à la maison de repos.

  

 

 

 

 

 

#3 Se mobiliser, devant l’ambassade du Japon à Séoul

Chaque mercredi à 12h a lieu un sit-in devant l’ambassade du Japon pour exiger que celui-ci reconnaisse officiellement l’esclavage sexuel qu’il a pratiqué pendant la Seconde Guerre mondiale, punisse les coupables et indemnise les victimes. Initié en 1992 par quelques halmonis, ce rassemblement a pris de l’ampleur et est devenu le point de convergence de la mobilisation, avec des rassemblements similaires dans plusieurs villes d’Asie et du monde. Devant l’ambassade a été déposée en 2011 une statue de jeune fille, les yeux résolument fixés sur l’ambassade, devenue le symbole de cette lutte. Si vous ne pouvez pas venir un mercredi, prenez-vous en photo avec la statue et diffusez la photo sur les réseaux sociaux : en parler, faire connaître leur histoire est un moyen clé pour s’assurer qu’elles ne tombent pas dans l’oubli et que leur combat soit bientôt victorieux. Vous trouverez la même statue au Musée de la guerre et des droits des femmes à Séoul et devant le consulat du Japon à Busan.

Devant le consulat du Japon à Busan
Devant l’Ambassade du Japon à Séoul

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Informations pratiques

Musée de la guerre et des droits des femmes, 20 world cup Buk-ro 11-gil, Mapo-gu, Séoul, métro Hongik University, ouvert de 13h à 18h le mardi et du jeudi au samedi et de 15h à 18h le mercredi. Audioguide disponible en anglais. Plus d’informations sur www.womenandwarmuseum.net

House of sharing, 85 Gasaegol-gil, Toechon-myeon, Gwangju-si, Gyeonggi-do. Ouvert du jeudi au dimanche. Visite guidée en anglais le troisième samedi du mois. Renseignements et inscriptions aux visites guidées sur www.nanum.org

Ambassade du Japon à Séoul, 22 Yulgok-ro 2-gil, 18-11 Junghak-Dong, Séoul, métro Gwanghwamun

Consulat du Japon à Busan, 18 Gogwan-ro, Choryang 3(sam)-dong, Dong-gu, Busan, métro Choryang

 

Article coécrit par Alice Rahmoun et Charlotte Soulary

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