« Face à face », un autre regard sur le Burkina Faso

Il y a d’abord cette obscurité qui vous enveloppe. En quittant le ciel aveuglant et la terre rouge de l’enceinte du musée, il faut cligner des yeux pour se faire à la pénombre.

Ensuite, il y a le silence. Intimidant et inattendu. Dehors, des enfants poussent le ballon entre les bâtiments pendant que de jeunes entrepreneurs garent leurs mobylettes et vont s’inscrire à une journée portes ouvertes dans le pavillon voisin.

C’est à ce moment-là qu’ils apparaissent. Dans le clair-obscur de la salle, se détachent les regards des trente personnes photographiées par Alain Leloup, ancien directeur de l’école nationale de la photographie d’Arles. Quinze femmes, quinze hommes. Célèbres et anonymes côte à côte. Pas de noms, pas d’étiquettes. Rien qui ne vienne nous soustraire à leurs regards. Leur présence dans ce lieu fait oublier leur statut, leur métier ou leur condition et ces visages, gigantesques, se retrouvent dans ce face à face imaginé par le photographe.

Karine a 20 ans, elle est femme de ménage et cuisinière, formée à son métier dans une structure qui s’occupe des jeunes filles éloignées de leurs familles. D’habitude, elle parle d’une toute petite voix et son rire est discret comme un trille d’oiseau. Etonnée et fière, elle découvre que son visage sérieux fait partie des trente visages qui offrent un portrait collectif du Burkina Faso.

Grâce à une installation semi-circulaire, il est difficile d’échapper aux regards de ces personnages. Ils et elles ne sont pas sujets du photographe, il les a voulu acteurs de cette exposition. Déterminés, timides, bienveillants ou farouches, ces Burkinabè vous regardent dans les yeux. Dans un pays où, par délicatesse, on évite de fixer les inconnus dans les yeux, cette exposition est une invitation à la réflexion, à une douce provocation et se veut « un hommage à l’Afrique », celle qui avance, qui crée, qui produit et qui se regarde et regarde l’Europe en face.

Infos pratiques :

Musée national, Avenue Charles de Gaulle, Ouagadougou
Entrée libre (9h-17h sauf le lundi)

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