A la découverte de l’Amazone Nathalie Clifford Barney

Temple de l'Amitié Paris 6

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Ce qu’il y a de bien à Paris, c’est qu’il y a toujours un moyen de voyager à travers ses rues. Aujourd’hui, je vous emmène dans le 6eme arrondissement, à Saint-Germain des Prés, pour une balade remplie d’amour, de liberté et de poésie, sur les pas de Nathalie Clifford Barney, américaine venue vivre à Paris, avant-gardiste, passionnée, au destin incroyable.

Nathalie, l’Amazone

Nathalie Clifford Barney est née en Ohio, dans le MidWest américain, en 1876. Petite, sa nourrice lui lit les histoires de Jules Verne, lecture généralement consacrée à l’époque aux garçons. De là vient son amour pour la langue. Elle arrive en France âgée d’à peine dix ans. Elle a su très tôt qu’elle était homosexuelle et a décidé de ne jamais s’en cacher. Onze ans plus tard, nous sommes en 1899 et Nathalie Clifford Barney rencontre Liane de Pougy, danseuse et courtisane de la Belle Époque, à un spectacle de music-hall. C’est le coup de foudre instantané. Plus tard, l’Amazone – surnom donné par ses amis – se présente chez elle en costume de page pour la séduire. Elles vivent pendant quelques mois un amour passionné, mais Nathalie, peu encline à la fidélité, s’éprend d’autres femmes. Elle dira d’ailleurs : « Pour qu’il puisse durer, il faut que l’amour soit fait de tous les amours. »

Nathalie Clifford Barney - photo de Frances Benjamin Johnson
Nathalie Clifford Barney – photo de Frances Benjamin Johnson

Nathalie est une femmes de lettres, mais aussi l’une des dernières salonnières du siècle. La plupart de ses écrits racontent comment elle percevait la vie, la sexualité et la féminité. En 1900, elle publie un recueil de poèmes, Quelques portraits, sonnets de femmes, illustré de dessins de sa mère. Elle y évoque ses nombreux amours et l’oeuvre fait tout de suite scandale. Elle est aussitôt renvoyée aux États-Unis, où son père fait brûler tous les exemplaires du recueil qu’il trouve, et cherche à la marier. Peine perdue ! A sa mort, Nathalie jouit d’un héritage qui lui dispense de chercher du travail pour subvenir à ses besoins. Elle revient en France deux ans après, à Neuilly-sur-Seine, où elle donne des fêtes grandioses. Mata Hari, Colette ou encore Isadora Duncan y participent.

Elle publie toute sa vie des livres dédiés aux femmes, comme Pensées d’une Amazone ou encore Aventures de l’Esprit. Pourtant, malgré ses nombreuses oeuvres, ce que l’on retient le plus d’elle ce sont son indépendance d’esprit et sa liberté de moeurs. Elle cherchera à faire de sa vie son propre chef-d’oeuvre, en puisant son énergie et son inspiration chez la poétesse grecque Sappho, considérée comme la première « féministe », bien que le terme n’existait pas à l’époque.

#1 Le 20 rue Jacob, le Salon Littéraire Féministe

20 rue Jacob, Paris 6Sortez du métro Saint-Germain des Prés, prenez la sortie 1 et passez devant l’église de Saint-Germain des Prés. Vous arrivez bientôt dans la rue Jacob, où se passe quasiment tout mon récit.

En 1910, Nathalie a 32 ans, et, suite à une rupture douloureuse avec la poétesse Renée Vivien, s’installe au 20 rue Jacob. Elle écrit alors : « Tout en sentant que son désespoir dépassait tout secours humain, je voulus quitter ma maison de Neuilly, afin d’attendre son retour dans un lieu nouveau où ne l’accueillerait aucun mauvais souvenir ». Renée Vivien meurt avant de connaître ce nouveau havre de paix…

En vous rendant devant l’appartement de Nathalie Barney, vous passez devant celui de Colette, autre auteure féministe, qui se situe au 28.

Lorsqu’elle divorce de son mari en 1906, Colette entame plusieurs relations avec des femmes ; parmi elles, l’Amazone… C’est ainsi que Nathalie Barney commence une nouvelle vie dans son pavillon de la rue Jacob, où elle loue également les jardins ainsi que le « Temple de l’Amitié ».

#2 Le Temple de l’Amitié

Nathalie Clifford Barney devant le Temple de l’Amitié

Pour écrire cet article, j’ai voulu visiter ce Temple qui a énormément compté dans l’histoire de notre héroïne. Mais, à part à quelques occasions rares (guettez les programmes des journées du patrimoine, en septembre chaque année) il est impossible d’y accéder ! Il reste pourtant l’un des grands trésors cachés de Paris. Ce temple a été bâti au XIXe siècle, et Nathalie en fait un salon littéraire. Elle le nomme Mytilène, faisant ainsi référence à l’une des villes de l’île de Lesbos en Grèce. C’est un lieu dédié aux femmes poètes, telles que Colette ou encore Gertrude Stein, exclues de l’Académie Française strictement masculine.

Pendant soixante ans, la rue Jacob et « son » Temple de l’Amitié a accueilli un monde littéraire et artistique féminin, même si les hommes y avaient accès. Ainsi, des artistes tels que les Fitzgerald, Rodin, Rilke (et j’en passe !) ont pu y venir. Il parait même que Colette aurait été aperçue « courant presque nue dans le jardin » – selon l’Abbé Mugnier. C’est là-bas d’ailleurs que l’écrivaine offrit à Nathalie Barney, en guise de cadeau, la première représentation de sa pièce, La Vagabonde.

L’Amazone maintiendra son salon littéraire et ses fêtes au Temple de l’Amitié jusque dans les années 50.

Ce Temple reste un mystère du patrimoine français. La plupart des habitants du quartier n’ont jamais entendu parler de cet édifice néo-classique voué à l’Amitié, niché au milieu des arbres au fond de la parcelle du 20 rue Jacob, totalement invisible, sauf depuis quelques fenêtres du voisinage. Son origine est incertaine : on dit qu’il aurait été bâti lors du Premier Empire. Il devient célèbre au XXe siècle, grâce à notre Amazone. Il n’est pas visitable, mais grâce à quelques photos, nous pouvons voir ce à quoi il ressemble et imaginer les fêtes grandioses que Nathalie Barney y donnait, avec ses amis.

L’Amazone meurt le 1er février 1972, et ses biens sont mis aux enchères à Drouot, le même jour que le lit de Liane de Pougy, qui dira avant de mourir : « Nathalie aura été mon plus grand pêché ». Quant au Temple de l’Amitié, il sombre peu à peu dans l’oubli, jusqu’à ce que, des années plus tard, il subit un scandale immobilier, lorsque son nouveau propriétaire décide de le détruire pour en faire un studio. Il finit par être remis en l’état d’origine.

#3 Le Jardin Alice Saunier-Seïté et La Librairie des Femmes

Le coeur serré de ne pas pouvoir voir ce fameux Temple, je me suis baladée dans les rues adjacentes. Quasiment parallèle à la rue Jacob, côté Seine, parcourez la petite rue Visconti, dont je suis tombée sous le charme. S’y trouve le jardin Alice Saunier-Seïté, en hommage à cette femme de lettres et politique, ministre des Universités sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, et première femme également à occuper des fonctions jusque là dévolues aux hommes. Il est petit, mais agréable, et ouvert au public du vendredi au dimanche.

En reprenant la rue Jacob vers l’Ouest, vous pouvez aller faire un tour à la Librairie des Femmes. Cette librairie féministe, tenue par des femmes militantes, recense tous les ouvrages sur l’Histoire des Femmes – qui avait quand je suis passée un recueil de la correspondance de Nathalie Clifford Barney. Le lieu est agréable, et des événements y sont organisés.

#4 Le Café de Flore

Simone de Beauvoir au Café de Flore,
Simone de Beauvoir au Café de Flore, Photographie de Denise Bellon

Si vous continuez tout droit, vous arrivez bientôt au Café de Flore, où Simone de Beauvoir, l’Intemporelle, passait le plus clair de son temps, accompagnée de Sartre mais aussi de ses conquêtes amoureuses telles qu’Olga. C’est là que je me suis assise pour lire la correspondance de Nathalie Barney achetée à la Librairie des femmes.

L’oeuvre littéraire de Nathalie Barney constitue un véritable témoignage de la vie en tant que femme libérée durant la Belle Epoque. Pendant toute son existence, elle n’a eu de cesse de montrer son engagement pour la liberté et la reconnaissance de la gente féminine, en total opposition au puritanisme américain de son père, et allant au-delà des préjugés misogynes de son époque. « Grâce à elle » si je puis dire, Renée Vivien composa ses meilleurs poèmes, Romaine Brooks ses meilleurs portraits et Liane de Pougy son roman Idylle saphique. Ce fut une inspiration pour l’époque, et pourquoi pas maintenant ? N’hésitez pas si vous passez par la rue Jacob, d’aller faire un tour devant le numéro 20 et imaginez le Temple de l’Amitié, afin de lui rendre hommage. Peut-être même que l’on s’y croisera, qui sait…

Informations pratiques :

Café de Flore : 172 boulevard St Germain, 75006

Librairie des Femmes : 35 rue Jacob, 75006

Dans ma valise :

Quelques recommandations de lectures pour mieux connaître Nathalie Barney :

  • Nathalie Clifford Barney, Eparpillements (1910), Aventures de l’esprit (1929), Souvenirs indiscrets (1960), Traits et portraits (1963)
  • Chère Nathalie Barney : Portrait d’une séductrice, Jean Chalon (disponible à la Librairie de Femmes)

Pour aller plus loin dans votre visite du Paris au féminin, ne manquez pas notre guide de voyage La Guide de voyage Paris

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