Voyage dans les mots et dans l’Histoire avec Laurence Klejman

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Il y a quelques temps, j’ai eu le plaisir de rencontrer une femme inspirante. J’avais proposé depuis un certain temps à La Guide de Voyage de l’interviewer, avant que je ne me décide (enfin) à le faire. Mais j’étais loin de me douter, en arrivant à notre lieu de rendez-vous (nous habitons à côté l’une de l’autre, j’ai pris ça pour un signe), que j’y passerai des heures, à discuter avec elle, et à vouloir en savoir plus, toujours plus, sur sa vie absolument extraordinaire. Retour sur une rencontre avec une grande dame, qui nous parle dans cet article de sa vie, de féminisme, de livres, et, bien sûr, de voyages…

A la croisée des chemins de l’Histoire et du féminisme

Laurence Klejman est docteure en Histoire. Elle obtient son Bac en 1976 puis entre à la Fac de Jussieu. “Cela a été des années fortement stimulantes“, me dit-elle. En double cursus Histoire – Dans ce milieu effervescent, elle côtoie Geneviève Fraisse, philosophe et historienne de la pensée féministe. Puis une fabuleuse aventure commence, lorsque Laurence, et son acolyte, Florence Rochefort, également historienne, s’inscrivent en maîtrise et proposent comme thème : la Femme Nouvelle,  une réflexion qui s’amorce dans les années 1890 pour s’arrêter avant la Première Guerre Mondiale.

Ce choix donne le ton : elles savent à présent qu’elles veulent travailler sur le Féminisme. Elles se mettent à faire des recherches, s’appuient sur les archives de Marie-Louis Bougle, archiviste dans les années 30. Lors de leur DEA, elles trouvent un nouveau sujet : Le Féminisme comme mouvement social. Le jour même de la soutenance, Michel Winock, membre de leur jury et professeur à Sciences Po, leur propose de publier leur sujet.

Une fois leur livre publié, Laurence Klejman rentre dans la vie active : elle devient rédactrice conceptrice, puis rédige le magazine Page pendant 5 ans, avant d’entrer au Seuil, puis dans diverses maisons d’édition. Elle travaille également bénévolement pour l’association Convoi 77, en référence au dernier convoi de déportation des Juifs de France depuis Drancy, dans lequel était sa grand-mère paternelle. Elle est d’ailleurs en train de constituer des fiches pour un dictionnaire sur les femmes de la résistance. Véritable travail de recherche et d’investigation qui lui tient à coeur, tout comme son autre projet personnel de travailler sur l’histoire de son grand-oncle, arrêté comme communiste en 1943 et déporté, par le biais de ses correspondances.

Un lieu à Paris : la bibliothèque Marguerite Durand

Fondée en 1932 grâce au don des collections de la journaliste féministe Marguerite Durand, la bibliothèque conserve une riche documentation sur l’Histoire des femmes et du féminisme. Laurence Klejman a par ailleurs beaucoup d’estime pour Marguerite Durand, créatrice de la revue La Fronde, premier quotidien conçu et dirigé par des femmes !

C’est lors de ses études que Laurence Klejman découvre la bibliothèque. Elle rajoute qu’elle la chérit d’autant plus qu’elle y a travaillé pendant un an. Ce qui lui a permis, accompagnée de Florence Rochefort, de continuer leurs recherches aux heures de fermetures. Pas bête. La bibliothèque, qui déménagé de la mairie du Ve pour la médiathèque Jean-Pierre Melville a été menacée l’année dernière de fermeture. Laurence Klejman continue d’y aller : ce qui lui plaît, c’est que ce soit une bibliothèque dédiée aux femmes et à leur Histoire, et qui soit encore très vivante aujourd’hui.

Un livre à lire sur place ? Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir – qui s’est d’ailleurs servie des archives de la bibliothèque pour ses recherches – “parce qu’il y’a moins de bruit là-bas qu’à la Rotonde !” me dit-elle, avant d’ajouter “Ça vaut toujours le coup de lire Le Deuxième Sexe”.

Et à l’autre bout du monde : Bali

C’est à 19 ans que Laurence Klejman arrive sur cette petite île de l’archipel indonésien avec son frère. Pendant son séjour a lieu l’Eka Dasa Rudra, un des plus grand rites balinais, qui a lieu tous les 100 ans, et strictement réservé aux habitants du pays. Elle n’a donc pas du tout été autorisée à y participer, pourtant elle se rappelle de cette ambiance de fête interdite, ce côté secret, caché, qui lui a laissé un souvenir particulier. C’était en 1978 et elle n’a plus jamais voulu y retourner après.

Si vous avez l’intention d’y aller, Laurence Klejman a deux conseils de lecture : Sang et Volupté à Bali de Vicki Baum, qui parle de la conquête de l’île par les Hollandais au début du XIXe siècle, et Amok ou le Fou de Malaisie, une nouvelle de Stefan Zweig. “Amok, m’explique-t-elle, c’est ce terme en lange malaisienne qui définit un état où on devient fou ; fou d’amour, fou d’extase“. L’univers des livres est complètement différent de ce qu’elle a vécu à Bali, et pourtant elle les associe à son propre voyage en Indonésie.

Pour aller plus loin

  • Le livre de Laurence Klejman et de Florence Rochefort : L’égalité en marche : Le féminisme sous la Troisième République
  • La Bibliothèque Marguerite Durand est malheureusement fermée pour travaux jusqu’en décembre 2019 !

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