Ces femmes qui ont inspiré les rues de Paris : trois questions à Malka Marcovich

Malka Marcovich est l’auteure d’un ouvrage passionnant, inspiré et inspirant.

Publié en 2011, le livre Parisiennes, de Marie Stuart à Simone de Beauvoir, ces femmes qui ont inspiré les rues de la capitale nous présente les femmes dont les rues de Paris portent le nom. Elles sont aujourd’hui 300 femmes à avoir eu cet honneur (contre 4000 hommes environ).

Nous lui avons posé quelques questions pour La guide Paris.

– Les rues de Paris portent à une écrasante majorité des noms d’hommes : comment l’expliquez-vous ?

Paris est une ville qui a depuis longtemps été déclinée au féminin. On la chante « blonde reine du monde », et elle continue de véhiculer toute une série de fantasmes dans l’imaginaire collectif : la Parisienne, symbole de la mode, du chic, etc.
Elle reste aussi enfermée dans les stéréotypes les plus désuets qui se conjuguent avec plaisir, douceur de vivre, légèreté puisque c’est à Paris que l’on peut véritablement parler des origines du tourisme sexuel au XIXème siècle, avec les Folies Bergères, le Moulin-rouge, le French cancan, les petites femmes de Paris.
C’est sans doute pour cela que Paris besogneuse, créatrice, combattante se conjugue le plus souvent au masculin. Femme publique objet, versus homme public sujet aux commandes du politique.

L’image des femmes à Paris reste donc ancrée dans cette vision de la femme objet, plus que de la femme sujet de son histoire.

Je pense que c’est en train de changer. Surtout depuis que la Maire de Paris est une femme. Il n’empêche que le déséquilibre demeure. On ne trouve qu’une ou deux grandes artères célébrant une femme, la Reine Victoria et Le Boulevard Rochechouart. Les noms sont le plus souvent accolés à des allées, des carrefours que l’on dénomme comme on le peut étant donné le peu de place et la difficulté à débaptiser une rue.

Lorsque Parisiennes a été publié en 2011, sur environ 6 000 rues que comptait la capitale, seulement 200 consacraient un destin féminin. Aujourd’hui, une centaine de nouvelles de voies, allées, jardins se sont ajoutés. Nous en sommes donc à 300 dénominations.  Il ne faut pas non plus négliger la portée symbolique d’avoir pour la première fois une femme Anne Hidalgo, comme maire de Paris.

– Quelles femmes incarnent le plus Paris pour vous ?

J’ai un petit faible pour Marie de Régnier. Elle avait une rubrique sur la vie culturelle parisienne dans le journal le Figaro dans les années 1910. Pour se faire accepter en tant que femme, elle avait donc pris comme pseudonyme, « le flâneur ». Je pourrais dire que c’est elle qui a lancé le terme « flâner », la « flânerie » qui évoque internationalement la promenade parisienne faite de découvertes, des surprises, d’émotions…
Mais Marie de Régnier, qui fut un grand nom de la littérature, qui avait été plébiscitée pour entrer à l’Académie Française (elle aurait été la première femme), n’a droit qu’à une minuscule impasse dans le 16ème arrondissement.

– Si vous aviez un seul lieu à conseiller pour visiter Paris sur les pas des femmes ?

La question est vraiment difficile. Comment allier plaisir de flâner dans cette ville si chargée d’histoire et hommage aux femmes.
Dans les nouveaux quartiers du 13ème arrondissement autour de la Bibliothèque François Mitterrand, qui ne prêtent pas forcément à la promenade, on trouve certainement le plus de lieux publics portant des noms de femmes.

Mon livre a été conçu à la fois comme un parcours dans l’histoire de la ville, un parcours dans l’histoire de France et du monde, et un parcours dans les destins de femmes.

Alors peut-être que symboliquement je dirai la Passerelle Simone de Beauvoir.
La passerelle piétonnière s’élance depuis la bibliothèque François Mitterrand, passe par-dessus le quai François Mauriac. Elle est d’une extrême légèreté, suspendue au-dessus du fleuve. Si l’on regarde vers l’aval, c’est le vieux Paris, avec Notre-Dame qui s’offre au regard. En amont, on peut voir la limite provisoire de Paris, avec à l’est des concentrations urbaines qui ouvrent un nouvel horizon vers le futur de la capitale.
De plus, jusqu’à cette passerelle, la philosophe qui a insufflé ce vent de liberté, « on ne naît pas femme, on le devient », avait jusqu’en 2006 son nom accolé à celui de son compagnon, Jean-Paul Sartre, à Saint-Germain des Prés. Elle s’est donc « émancipée » de la tutelle masculine dans l’espace public depuis cette date.
Ce n’est pas le cas de toutes les femmes. Ainsi Marie Curie, qui est la première femme à avoir eu le prix Nobel et l’a obtenu deux fois en 1903 et en 1911 a dû attendre 1967 pour que son nom soit accolé à celui de son mari, Pierre Curie, qui bénéficia d’une rue trois ans après son décès en 1909.

Il reste donc encore beaucoup de chemin à parcourir pour que les femmes aient toute leur place dans l’espace public.

Informations pratiques

L’ouvrage Parisiennes, de Marie Stuart à Simone de Beauvoir, ces femmes qui ont inspiré les rues de la capitale est paru en 2011 aux éditions Balland. Nouvelle édition à paraître en 2018 (nous en parlerons sur La guide de voyage le jour venu !)

La Passerelle Simone de Beauvoir est située entre la Bibliothèque François Mitterrand (métro ligne 14, REC C Bibliothèque François Mitterrand) et le Parc de Bercy (métro ligne 6, 14 Bercy).

Pour mieux connaître Malka Marcovich et son ouvrage Parisiennes, je vous conseille de regarder cette vidéo et d’écouter cet extrait d’une émission radio.

Cet entretien est extrait de La guide Paris, le premier guide de voyage imprimé qui met les femmes au centre, à paraître en 2018. Pour commander le guide, c’est par ici (avant le 8 novembre 2017 à minuit) !

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