L’Amérique de Dorothea Lange s’expose au Jeu de Paume

De la Grande Dépression aux camps d’internement de la population d’origine japonaise, en passant par les chantiers navals pendant la Seconde Guerre mondiale, Dorothea Lange a documenté la première moitié du 20ème siècle en Californie. Son talent, ses convictions sociales, sa détermination journalistique font de son travail une œuvre incontournable pour qui s’intéresse à l’Amérique ou à la photographie. Le Jeu de Paume lui consacre une très belle exposition, à voir jusqu’au 27 janvier.

Si jamais le nom de Dorothea Lange ne vous est pas familier, vous avez en revanche forcément déjà vu sa photo la plus célèbre, Migrant Mother, portrait d’une jeune femme, cueilleuse de pois, prise en 1936.

Migrant Mother - Dorothea Lange

Dorothea Lange (1895 – 1965) commence sa carrière comme photographe de studio, mais s’en détourne vite pour aller parcourir les routes de la Californie. « Dorothea Lange : Politiques du visible » est divisée en 5 parties :

Les visages de l’Amérique pauvre

Les deux premières parties nous emmènent aux côtés de celles et ceux qui doivent faire face, dans les années 1930, à la Grande Dépression. Dans le centre du pays, la terrible crise économique est accentuée par des sécheresses, causant le Dust Bowl, des tempêtes de poussières dévastatrices, qui poussent des dizaines de milliers de familles à migrer vers les États moins touchés, pour y trouver du travail agricole.

À partir de 1935, Lange travaille avec son futur époux, Paul Schuster Taylor, professeur d’économie, qui intègre ses photos dans ses rapports. La force des images de Lange est telle qu’elle pousse les pouvoirs publics à agir et construire des camps d’hébergement pour les familles déplacées. De portraits en scènes du quotidien, Lange pose un regard solidaire et respectueux sur ses sujets, dont elle note avec fidélité les mots, qu’elle intègre parfois aux légendes de ses tirages.

Les coulisses de l’Amérique en guerre

En 1944, Lange photographie les chantiers navals qui fournissent l’armée américaine. Fidèle à sa fibre sociale, elle s’attache avant tout aux ouvriers et ouvrières… qui sont nombreuses à l’époque, une grande partie des hommes étant au front. C’est de ces femmes qui œuvrent dans les usines d’armement que naît l’image, aujourd’hui mondialement célèbre, de Rosie the Riveter. Mais ce que montre les photos de Lange, c’est que contrairement au dessin qui a fait le tour du monde, ces Rosies sont aussi Noires et Latinas.

 

Deux ans auparavant, Lange a photographié une autre facette, inhumaine et honteuse de l’Histoire des États-Unis : le déplacement et l’internement de la population d’origine japonaise.

À la demande de l’armée américaine, qui ne s’est visiblement pas penchée sur le travail de Lange avant de la contacter, la photographe ne se contente pas de documenter ce qu’on lui a demandé, elle capte la détresse et la dignité remarquable de ces familles américaines, trahies par leur propre pays. L’armée met fin au contrat de Lange et ses photos ne sont publiées pour la première fois qu’en 2006.

La justice en gros plan

Enfin, la dernière partie de l’exposition, probablement une des séries les moins connues de Lange, montre des clichés qu’elle prend dans les années 1950, au cœur du système judiciaire californien, aux côtés d’un avocat commis d’office.

Enfin, prenez le temps de regarder l’extrait du documentaire Grab a Hunk of Lightning (« saisir la foudre » réalisé par Dyanna Taylor en 2014 pour la chaîne américaine PBS. Et si vous êtes comme moi, vous ne pourrez pas vous empêcher d’acheter quelques cartes postales et un des livres sur cette formidable photographe à la boutique du musée.

Infos pratiques :

Dorothea Lange : Politiques du visible, jusqu’au 27 janvier 2019.
Jeu de Paume, dans le jardin des Tuileries, Paris VIII
Métro Concorde (Lignes 1, 8, 12)
Mardi de 11h à 21h ; mercredi à dimanche de 11h à 19h. Fermé le 25 décembre et le 1er janvier.
10€ (tarif réduit : 7,5€), valable pour l’ensemble des expositions.

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