Alabama : à la rencontre des créatrices de « quilts » de Gee’s Bend

Niché dans un méandre de la rivière Alabama, au beau milieu de nulle part, Gee’s Bend n’est clairement pas une destination touristique. Quelques maisons disséminées le long de la route, pas un magasin en vue, un réseau téléphonique aux abonnés absents… Et pourtant, de temps en temps, une voiture visiblement pas de la région, vient se garer devant un bâtiment anonyme, au bord de la petite route 29.
C’est exactement ce que nous faisons, avec une amie, un matin de février, après plusieurs heures de route. Nous sommes toutes les deux très excitées de cette visite : nous sommes sur le point de découvrir le cœur de la tradition africaine-américaine du quilting.

Miss Nancy and some of her creations.

A l’intérieur, dans une salle sans prétention, des quilts sont pliés à la va-vite sur des tables et étagères en plastique. Nous sommes accueillies par “Miss Nancy” et “Miss Emma”, de leurs noms complets Nancy Pettway et Emma Pettway. Toutes deux sont membres du Gee’s Bend Quilters Collective. Les quilts sont des sortes de patchworks faits de bouts de vêtements et autres chutes de tissus, pour les recycler en objets utiles et jolis, comme des couvertures.

Dans cette petite communauté, les femmes fabriquent des quilts depuis plus d’un siècle, dans une tradition passée de génération en génération. Chaque quilt est unique et chaque quilter a son propre style. Avec beaucoup d’humour et une humilité émouvante, Miss Nancy et Miss Emma nous parlent de leur vies, de la fabrication de quilts, du fait d’avoir vu leur pratique et tradition reconnues au rang d’art.

Isolé, au fin fond de l’Alabama rural et pauvre, Gee’s Bend a longtemps été délaissé et ignoré par le reste du pays. La plupart de ses habitant.e.s sont des descendant.e.s d’esclaves de la plantation du village, celle des Pettway. De nombreuses quilters du collectif, comme Miss Nancy et Miss Emma, portent d’ailleurs toujours ce nom. Ici, le taux de pauvreté frôle les 60 %.

Mais en 2002, « découverts » par un collectionneur d’art, les quilts de Gee’s Bend connaissent une notoriété internationale. « Des œuvres parmi les plus extraordinaires de l’art moderne aux Etats-Unis » – c’est ainsi que le New York Times les qualifie alors. Aujourd’hui, des quilts de Gee’s Bend sont exposés dans les plus prestigieux musées du pays.

Miss Emma, and one of her famous « Pig in the Pen » design. This one sold the day we visited ($1,500)/

Pourtant, ici, pendant que nous discutons avec ces deux artistes, mon amie et moi-même parcourons la pièce, dépliant tour à tour les magnifiques quilts à notre portée. C’est un sentiment étrange et précieux de pouvoir ainsi toucher de véritables œuvres d’art, comme si de rien n’était !

Certains sont de véritables chef-d’œuvres. Chacun est signé, et accompagné d’une étiquette écrite de la main de sa créatrice, avec son titre, l’année, le nom de la quilter et le prix. Les prix vont de 200$ à plus de 15,000$, et sont fixés par les créatrices elles-mêmes. 75 % sont reversés directement à l’artiste, le reste va au Collectif.

Alors, certes, je sais que Gee’s Bend est un gros détour, depuis à peu près n’importe où, mais si jamais vous êtes dans la région, ne ratez pas cette occasion de rencontrer les artistes de classe internationale, et femmes incroyables, joyeuses et drôles du Gee’s Bend Quilters Collective.

 

Pour aller plus loin :

Et pour faire quelques pas de plus

Cet article est un extrait de notre prochain guide de voyage, consacré aux Etats-Unis.

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